Avant de partir en Chine, et n’ayant pas beaucoup d’idées préconçues mais beaucoup d’illusions sur la capacité de ce monde moderne à permettre au tout venant de vivre là où bon lui semble, je ne m’étais pas beaucoup posé la question de mon habitat dans le pays du milieu.

Pleine de bonnes intentions et de bons sentiments, donc, je n’avais pas comme objectif de loger dans un compound, comme on dit avec affectation, espace résidentiel pour nantis bien à l’abri des réalités et des regards extérieurs. Autant vous dire que j’ai été servie.

Le concept de résidence recouvre une vaste et disparate réalité. Il y a des résidences « chinoises« , des résidences « pour expats« , des résidences « for the highest ends« , des « services apartments« … L’habitat résidentiel à Pékin n’est ni une obligation, ni une malédiction, mais une forme de réalité immobilière avec laquelle il faut composer, quelques sincères les réticences pour ce genre de vie quelque peu cloisonnée soient-elles.

Les résidences, pour variées qu’elles soient, ont toutes en commun d’être circonscrites en un périmètre gardé et parfois même barré, que des sentinelles en uniforme voire en livrée sillonnent à toute heure du jour et de la nuit pour plus de surveillance sécurité. Pour parfaire le tableau, des caméras stratégiquement positionnées observent les lieux avec rigueur et fidélité.

Autre incontournable de la résidence : l’Administration Office (服务台 – [fúwùtái] ), par lequel transite le vaste spectre de la logistique domestique, (quasiment) du changement d’ampoule à la réparation de la machine à laver, en passant par le colmatage d’une brèche dans le mur et le remplacement de la prise de courant. L’expérience m’apprend qu’il peut être de bon aloi d’être en bon terme avec le Fuwutai, et d’être connu comme un bon habitant pas trop râleur.

Qui dit résidence dit famille, qui dit famille dit enfants, et qui dit enfants dit Playground. (quand on est expatrié, on ne dit plus « les jeux », c’est trop trivial). Le principe : un espace extérieur ou intérieur à revêtement molletonné où fleurissent toboggans, châteaux en plastique et divers parcours de motricité, assidument fréquenté par les culottes courtes et leurs Ayi (voire leurs parents en fin de semaine), et haut lieu de socialisation pour qui veut se tenir informé de la vie du voisinage.

Ni tour d’ivoire, ni prison dorée, les résidences font partie intégrante du paysage pékinois, avec leurs avantages et leurs inconvénients… Mais il ne faut pas forcément désespérer du fait de voir ses allées et venues si strictement observées : j’ai beau habiter dans une résidence tout ce qu’il y a de gardée, cela n’a pas empêché mon vélo de s’éclipser nuitamment sans que personne ne le remarque.

Quelques détails pratiques sur l’habitat pékinois :
– il existe de très nombreuses agences immobilières anglophones et francophones qui peuvent aider l’arrivant dans sa quête d’un home sweet home.
– en Chine, c’est le bailleur, et non le locataire, qui rétribue l’agence immobilière lors de la signature d’un contrat de location.
– bien entendu, le prix de la location se négocie, même si la pression du marché limite la marge de manœuvre.
– le contrat de location est signé en chinois et en anglais, mais en cas de litige, c’est la version chinoise qui prévaut.
– il est plus facile de trouver un logement meublé qu’un logement vide.
– dans beaucoup de résidences, le chauffage n’est mis en route, collectivement, qu’à partir de début novembre, il est donc possible d’y avoir froid avant d’être surchauffé.
– les baux sont généralement d’une durée d’an renouvelable, mais il n’est pas impossible de négocier un plus long terme.
– l’environnement cosmopolite permet de nouer des relations avec le monde entier : des Japonais, des Français, des Américains, des Australiens, des Vénézuéliens, des Coréens, des Allemands, des Suédois, des Anglais, des Colombiens… et même des Chinois !

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