Certes, Yashow n’a ni la puissance sacrée du Temple du Ciel, ni la grandeur solennelle de la Cité Interdite, ni la charge émotionnelle de la place Tiananmen. Il n’en demeure pas moins un passage quasi obligé, aussi bien pour le touriste en mal de shopping que pour l’expatrié trainant ses guêtres aux abords du Village.

Ce chatoyant marché de vêtements, souvenirs, perles et autres babioles de plus ou moins bon aloi doit sans doute son succès et sa fréquentation à son emplacement idéal, en plein cœur du quartier de Sanlitun, artère touristique et expatriée s’il en est.

Yashow, pour qui y pénètre la première fois, peut faire l’effet d’une caverne d’Ali Baba : imaginez, grouillant sur 3 étages et un sous-sol, une multitude d’échoppes dûment numérotées déployant sous les yeux ébahis des visiteurs d’invraisemblables quantités d’articles à la mode.

Petit résumé pratique :
– Yashow est donc principalement un marché de vêtements pour tous les âges et tous les styles, mais dont il faut garder à l’esprit qu’ils sont pratiquement tous issus de la contrefaçon. L’avisé Guide du Routard considère que 99,9% de ce qui est vendu à Yashow est faux. Je serais toutefois légèrement plus nuancée (90%?), sans pour autant douter une seule seconde de l’inauthenticité du jean à l’étiquette rouge qui te tend les bras.

– L’espace est tellement fréquenté par les étrangers qu’il est sans doute un des rares endroits de Pékin où un long nez peut passer (à peu près) inaperçu. Méfiance, cependant, les marchants avides de te rouler servir ont une furieuse tendance à se jeter – littéralement – sur toi pour peu que tu ralentisses un peu le pas devant leur carré.

– Yashow est d’une utilité incomparable pour rester à la page et satisfaire les désirs de nos progénitures promptes à suivre la mode des cours de récré, le dernier étage proposant des étalages corrects de jouets, autocollants, figurines, crayons et autres gadgets inutiles du même acabit.

– Au dernier étage toujours, large choix de pinceaux, calligraphies, sceaux chinois, colliers, jeux de cartes Mao, lanternes et autres souvenirs plus ou moins kitchs et tabac à rouler

– Si on peut se délecter des « marques » proposées, les acheter nous expose à d’inévitables déconvenues qualitatives (sans parler des tracas douaniers)

– Plusieurs tailleurs proposent des vêtements sur mesure ou des reproductions de nos tenues fétiches fatiguées. L’avantage comparatif n’est pas forcément énorme, mais le travail est soigné et réalisé dans les temps.

– Au rez-de-chaussée, une boutique de cachemire suffit à justifier une escapade à Yashow. On y trouve une jolie sélection de pulls, cardigans, twinsets et écharpes, et il est possible de négocier.

– On peut trouve de jolis pyjamas et robes en soie (sans originalité, mais non dénués de charme) pour les enfants, et quantité d’accessoires soyeux idéaux pour les petits cadeaux.

– Les vendeurs, aussi globalement sympathiques soient-ils, sont prêts à tout pour vendre leur marchandise, y compris à mentir comme des arracheurs de dents avec le plus grand aplomb et leur plus beau sourire.

Belle transition pour en venir au point qui nous intéresse tous : l’achat. En prime de quoi je me ferai une joie, cher lecteur, de te faire partager en exclusivité mes astuces infaillibles pour réussir une négociation avec des Chinois.

A Yashow, comme dans de très nombreux autres lieux de Pékin, l’achat négocié est un processus bien rodé qui se déroule en plusieurs étapes :


– la demande du prix (en chinois de préférence, le vendeur appréciera : duo shao qian)
émoi du vendeur qui se fera un devoir de te dire que tu parles merveilleusement bien sa langue (cf. plus haut : « mentir comme des arracheurs de dent »)
– le vendeur, calculatrice à l’appui, t’expliquera mi en anglais, mi en chinois, que pour un client « normal », le bien convoité coûte XXXX RMB, mais que parce que tu parles chinois et que tu es très sympa, il te le cède à XXXX RMB
offuscation de ta part (moment au cours duquel tu seras bien inspiré d’articuler la deuxième phrase de chinois que tu connaisses : tai gui le – c’est trop cher), et proposition d’un nouveau prix (10 fois moins que ce qui t’est demandé est une bonne base de départ)
dénégation catastrophée du vendeur, qui t’explique 1) que ce n’est pas possible, car il ne fait même pas de bénéfice avec ce que tu lui proposes; 2) que tu dois faire un effort et lui proposer un prix un peu plus élevé (il te dira : « what is your last, last price? » environ 50 fois au cours de la conversation).

A cet instant, deux possibilités s’offrent à toi :
– soit tu décides d’augmenter ton prix, auquel cas, je te suggère d’y aller très en douceur (cf. plus bas).
– soit tu estimes que tu n’en démordras pas (à l’usage, je commence à me demander si cette méthode n’est pas la meilleure)

– S’en suivra un échange épuisant par calculatrice interposée entre le vendeur et toi, celui-là réitérant son laïus en te demandant de lui proposer ton prix maximum autorisé, lui-même te proposant son prix le plus bas.

– Si décidément le vendeur rechigne à te céder l’objet de ton désir au prix que tu juges juste, tu peux t’essayer à la technique dite « du faux départ », en faisant semblant d’aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte sous le pied du marchand d’à côté. Très répandue, cette technique n’est pas toujours efficace, mais si tu as bien évalué, il y a de fortes chances pour que le vendeur te rappelle à grand renfort de pengyou (hey, mon ami!) et accepte ton offre.

– Au bout de minutes interminables, toi et le vendeur finirez par tomber d’accord, l’un comme l’autre ayant généralement le sentiment de n’être pas allé assez loin… A moins que la magie n’opère pas, et que vous repartiez chacun de votre côté…

Ultimes recommandations pratiques :
– Décide d’un prix maximal auquel tu te tiendras, et qui te paraît être un prix acceptable. Inutile de te perdre en conjectures sur le fait de savoir si le vendeur a fait une bonne affaire, et si tes copines expat se moqueront de toi parce qu’elles auront réussi à négocier le même produit 2 fois moins cher (ce petit jeu de jauge et de concurrence est fort prisé de ce charmant microcosme).
– Évite de remonter ton prix trop vite, monte par paliers de 3 ou 5 RMB à chaque fois, sinon, le vendeur saura que tu n’as aucune idée de la valeur réelle de son produit et en profitera.
– Un vendeur n’acceptera jamais un prix qui ne lui fasse pas gagner de l’argent.
– La négociation peut parfois prendre du temps, surtout quand il faut la renouveler pour chaque article acheté, c’est un délais incompressible qu’il faut malheureusement inclure dans son emploi du temps « shopping » si l’on se rend dans ce genre d’endroits.

Bonne chance !

Yashow Clothing Market
雅秀市场
Gongtibeilu 58
朝阳区工体北路58号
Ouvert tous les jours de 9h30 à 21h

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