L’adjectif timoré ayant été créé tout spécialement pour me qualifier, il m’aura fallu presque un an de vie pékinoise avant de me lancer ce défi fou et d’en tirer une irraisonnée fierté.

Car depuis que je prends le bus, ma vie a changé.

C’est idiot, sans doute, mais quand on s’affole pour un rien on ne se refait pas, mais je me faisais une montagne de ce transport en commun beaucoup moins usité par mes pairs non-Chinois que le métro.

Des questions existentielles me taraudaient

– comment monter dans le bus (à l’avant?, n’importe où?)
– où acheter le ticket (machine, chauffeur?)
– comment demander l’arrêt?
– et bien sûr: comment savoir quel bus va où?

La peur du ridicule de ne pas savoir comment m’y prendre qui me firent repousser aux calendes grecques le moment de franchir le pas, jusqu’à ce qu’un bel après-midi, la perspective de devoir opter entre 25 minutes de marche à pied ou la quête d’un taxi au beau milieu d’un des embouteillages dont Pékin a le secret me poussât à tenter l’aventure…

C’est donc mue par le courage soudain que la paresse et la fatigue m’inspiraient que j’osai pour la première fois, il y a 3 mois, pénétrer ce qui ne manquerait pas de promptement révolutionner ma vie de Pékinoise non motorisée.

J’en souris maintenant, mais je n’en menais pas large, d’autant qu’à ce même arrêt, un Chinois anglophone me lança gentiment : « you’re not Chinese, you have money, take a taxi! » (véridique).

Forte de cette primo expérience réussie, j’ai fini par trouver toutes les réponses à mes embarrassantes questions initiales.

  • – on peut monter dans le bus par n’importe quelle porte
  • – les tickets s’achètent à l’intérieur, pas au chauffeur, mais au préposé qui trône bien en évidence derrière son petit guichet, et a également pour fonction d’agiter par la fenêtre un petit fanion (rouge évidemment) dont il me reste encore à comprendre la fonction.
  • – des lecteurs électroniques sont également présents, pour les détenteurs de cartes de transport.
  • – les bus ont été assidus en cours d’anglais : la machine à annoncer les arrêts et la direction annone en chinois et dans la langue de Shakespeare.
  • – … et au cas où cela ne suffirait pas, les arrêts défilent en mandarin et en pinyin sur l’écran digital à l’avant du bus, et le plan de la ligne est également transcrit en alphabet occidental
  • – les bus marquent tous les arrêts!
  • Après, il ne faut pas se faire d’illusions non plus : les places assises sont rares, les montées et descentes chaotiques (il n’y a pas que les Français à se précipiter sans attendre que les passagers ne soient descendus), l’accessibilité quasi nulle pour les poussettes, mais les couloirs dédiés (par endroit) et leur capacité à s’imposer dans le trafic font des bus des alliés de choix dans la permanente course contre la montre et les bouchons que constitue le réseau routier pékinois.

    Il ne me reste donc plus, désormais, qu’à exploiter cette mine de découvertes qui s’ouvre à moi, j’ignore combien de lignes constitue le réseau de Pékin, mais sa densité ne fait aucun doute…

    Pour m’aider dans cette tâche, je peux même compter sur internet: le site du réseau de transports de Pékin est très clair bien fait, avec une carte interactive complètement addictive à défaut d’être limpide.

    ça paraît compliqué comme ça, mais en fait pas du tout

    Certes, on pourrait facilement se sentir un peu perdu au beau milieu de cet océan de caractères, mais le site comprend l’alphabet, et propose un panel de propositions correspondant à notre frappe (même certains magasins sont référencés!)

    vous avez demandé la place Tiɐnɐnmǝn, veuillez ne pas quitter


    Il suffit donc de taper son lieu de départ, son lieu d’arriver, pour se voir proposer la liste des trajets possibles, et de cliquer sur le numéro du bus ou métro proposé pour voir l’ensemble de la ligne.

    c'est clair non?

    Après quelques semaines d’interruption pour cause de vacances, j’ai de mon côté eu le plaisir de renouveler mes exploits en reconnaissant, non loin d’un marché où je m’étais rendue (en taxi), un numéro de ligne passant dans notre rue.

    Bon, d’accord, il m’a tout de même fallu 2 stations pour me rendre compte que je l’avais pris dans le mauvais sens, mais j’ai quand même réussi!

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